LE MAIRE ET LA MOSQUE,
Avant-Propos

Economiste de formation, rien, il n'y a quelques années, ne m'aurait laissé imaginer un engagement dans le type de recherche ici présenté . Sur le plan des principes, certes, cela fait longtemps maintenant que je me sens concernée intellectuellement par la question de la diversité culturelle. Par ailleurs, ayant ce que l'on appelle une vision « ouverte » de la laïcité – la laïcité comme principe de liberté de conscience et de séparation du politique et du religieux, et non comme valeur caractérisant l'identité nationale à imposer à tout postulant à la nationalité française –, je me suis prononcée contre la loi de 2004 sur l'interdiction des signes religieux à l'école. Je m'intéresse aussi de longue date à la géopolitique mondiale et à la montée de la dangereuse thèse dite du choc des civilisations au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Mais je n'ai eu pendant longtemps qu'une perception très limitée des questions posées par la présence de l'islam en France; limitée à ce qui en paraissait dans l'actualité ou à ce que m'apportaient mes étudiants. Je n'avais pas vraiment saisi l'épaisseur sociale et politique de ce thème.

Il a fallu une de ces rencontres qui bouleversent le cours d'une vie, pour que, tout d'un coup, sur la base bien sûr d'un parcours, de valeurs, de connaissances déjà acquises, mon regard change et que les choses prennent à mes yeux un autre relief, reçoivent un autre éclairage.

Il m'est alors apparu qu'à travers la polémique du foulard notamment, il y avait une tendance à la reproduction du discours du choc des civilisations dans l'espace national. L'islam serait par essence non intégrable, archaïque, oppresseur. Il s'agirait de le contenir, de le civiliser, en somme.

Par ailleurs, j'étais frappée, et même indignée, de la pauvreté des débats publics, de l'ignorance de la complexité de l'islam chez la classe politique et dans les médias, et de l'assurance avec laquelle cependant étaient affirmées des vérités définitives sur cette religion, contribuant à consolider un regard hostile à son égard, se prolongeant vers les populations musulmanes.

Face à l'indigence du débat, j'avais le sentiment qu'il ne suffisait pas de s'opposer ponctuellement par telle ou telle prise de position au discours ambiant, et que, si on voulait déconstruire celui-ci, il fallait s'atteler à la production d'une recherche capable de mettre à jour les dynamiques sociales réelles et ainsi de contribuer à la déconstruction des fantasmes. Il n'y a certes pas d'effet direct de la recherche sur le champ politique – on aurait évité, si cela était le cas, nombre de politiques désastreuses – mais par sa possible contribution au débat public, elle a, me semble-t-il, un rôle à jouer dans l'évolution des représentations, ces dernières étant largement fondées sur la méconnaissance et la peur.

Une lecture importante pour moi a été l'ouvrage de Jocelyne Césari, L'islam à l'épreuve de l'Occident – joli renversement de perspective dans ce titre ! L'auteure comparait l'espace européen et l'espace nord-américain, et montrait l'existence d'un paradoxe : un islam en voie de sécularisation d'un côté, la montée d'un discours disqualifiant partout en Europe d'autre part. Par ailleurs, dans un article co-écrit avec S. Bargah et D. Moore dans la revue du CEMOTI , elle soulignait un autre paradoxe, constitué par un régime des cultes relevant de l'état central et un traitement pratique des demandes liées aux besoins du culte musulman au niveau local. C'est ainsi qu'est progressivement née l'idée de ce projet de recherche.

Les études sur « l'objet islam » sont nombreuses. Il y a eu de ma part une volonté de retourner le regard, de le diriger d'abord vers ceux qui sont en charge au niveau local des questions pratiques liées au culte musulman, vers ceux dont l'intervention fixe les cadres à l'intérieur desquels vont devoir se situer les acteurs musulmans. J'ai ainsi voulu éviter le risque de me « pencher » sur ceux-ci. Cela a sans doute facilité ma relation avec eux, à qui j'expliquais que ce que j'essayais de comprendre, c'était le sens de l'action des maires en direction de leur culte.

J'ai également choisi, tout en me situant dans le cadre d'une recherche répondant aux critères universitaires, de repolitiser une question souvent traitée dans la littérature existante comme relevant du domaine de la gestion locale du religieux, tant il semblait probable que les enjeux dépassaient la simple application de la loi en matière de liberté de culte et le simple cadre communal.

J'ai découvert ensuite que cette direction de recherche était déjà poursuivie dans le domaine d'une sociologie politique compréhensive en cours de constitution : « La quête du sens de l’action publique anime « plus que jamais », pour paraphraser Alain Faure [Faure, 2005], des travaux de recherche relevant de la science politique, et plus particulièrement des politiques publiques. C’est que le sens de l’action publique ne se donne pas à lire aisément. Plusieurs logiques alimentent une apparente dépolitisation de l’action : partout l’action publique territoriale a pour finalité de trouver un équilibre autour du triptyque attractivité économique/développement durable/maintien du lien social ; et de plus, elle apparaît standardisée sous l’effet de la circulation de « bonnes pratiques » et de normes ; elle est par ailleurs présentée comme consensuelle et collective, évacuant le conflit, dans sa forme.

« Face à ce constat globalement partagé, on assiste à une évolution des angles d’attaque dans des travaux de recherche récents qui tentent d’ouvrir des voies pour ne pas mésestimer le conflit et réintroduire l’épaisseur idéologique de l’action publique . » (Hélène Régnier, chargée de recherche à l’INRETS, communication )

Cette entrée en matière consolide le point de vue ici adopté, et invite le chercheur à poursuivre dans la voie de l’étude de politiques publiques locales et non pas simplement de l’étude de la régulation locale du religieux. D’autant que l’islam continue à se différencier des autres religions parce qu’il est, à son corps défendant le plus souvent, perçu aujourd’hui comme un objet politique.

C'est dans le prolongement d'une telle perspective que le choix a été fait d'étudier la façon dont l’action de l’acteur public entrait en interaction avec celle de l’acteur associatif, en prenant en compte le sens que lui-même attribue à son action, les solutions pratiques et la technicité2 dont il est lui-même le porteur, et finalement en cherchant à comprendre comment ces interactions débouchent sur la mise en place d’un système d’action qui accompagne la mise en œuvre d’une politique.

Il importe de préciser que dans cette enquête, l'approche n'a pas été limitée au thème de la mosquée. Au-delà de celui-ci, tous les sujets relevant du local ont été abordés : organisation de l'Aïd, restauration scolaire, carrés musulmans dans les cimetières, … Mais il est apparu, à une exception près – celle de la ville de Rosny-sous-Bois – comme celui qui structurait, au moment de l'étude et en Ile-de-France , les relations entre les maires et leurs administrés de confession musulmane. C'est ainsi que le choix du titre s'est naturellement imposé.

Françoise Duthu

Contact : francoise.duthu@club-internet.fr

Conjuguer diversité et citoyenneté. Une laïcité pour le 21ème siècle

C’est avec vigueur que depuis quelques années le débat sur la laïcité a repris en France. Il n’est plus mobilisé à l’encontre de la religion catholique, comme cela fut le cas au début du 20ème siècle, mais à celui de la religion musulmane, qui par nature confondrait les ordres du spirituel et du temporel . Le débat a dépassé le cadre français pour atteindre un pays comme l’Allemagne par exemple ou même la Turquie. Il se développe dans le contexte international de l’après-guerre froide, dans lequel la doctrine qui se consolide en matière de relations internationales est celle du choc (voire de la guerre) des civilisations. Ce choc opposerait Occident chrétien et Orient musulman. La conséquence dans l’opinion et les médias est la tendance à assimiler totalitarisme, islam politique sur la scène internationale et musulmans de l’intérieur. Les attentats du 11 septembre, le trucage des preuves par les néoconservateurs américains, le thème de la guerre préventive, l’assimilation S. Hussein- O. Ben Laden, le déferlement d’images et de discours … tout cela crée la peur : et si, se demandent certains, les conflits que nous voyons se dérouler n’étaient pas le fait des rapports de domination et de l’exploitation Nord/Sud, des séquelles de la décolonisation, de la colonisation continuée de la Palestine, mais finalement le fait de la montée du totalitarisme islamique ?

I La laïcité en France : dépasser une vision camp contre camp :

Dans ce contexte, la laïcité est souvent invoquée comme un principe absolu, une croyance, auquel tout (bon) républicain se doit de tenir comme à la prunelle de ses yeux. En somme, un élément de l’identité nationale. Pour ceux qui la conçoivent ainsi, elle postule un clivage radical entre privé et public et exige l’invisibilité du religieux, relégué dans la sphère privée, et qui considère l’école comme lieu de transmission de cette vision, formatant des citoyens homogènes. La laïcité prend alors une dimension sacrée et finalement religieuse, allant jusqu’à véhiculer ce que l’on peut identifier comme un intégrisme républicain. On entre alors dans la volonté d’imposer à l’autre les “ lois sacrées de la République ” sur un modèle imprégné par le schéma colonial (voir comment l’on parle aujourd’hui, après quatre générations, des “ Français issus de l’immigration ”), qui, particulièrement en Algérie, avait distingué soigneusement les citoyens (chrétiens, athées ou juifs) et les indigènes. Cette façon d’envisager la laïcité ne peut que susciter incompréhensions et révolte, comme on l’a vu avec la loi sur les signes religieux à l’école.

Pourtant, juridiquement, la laïcité est un fantastique outil du “ vivre et construire ensemble ”, si l’on veut bien considérer ce principe avant tout comme une disposition juridique destinée à assurer l’indépendance de l’Etat par rapport à la religion et la liberté religieuse. On peut alors développer une autre vision, qui fait le pari que des personnes issues de cultures et religions différentes peuvent, tout en restant enracinées dans leurs références propres, vouloir contribuer ensemble à la détermination du bien commun et adhérer individuellement au principe de citoyenneté. Ainsi est pris en compte le caractère composite et dynamique des référents universels, patrimoine de l’humanité, qui se sont constitués tout au long de l’histoire par les rencontres (plus ou moins brutales d’ailleurs) entre les aires culturelles et civilisationnelles.

Sortir des positions essentialistes et binaires qui ont trop souvent court aujourd’hui est impératif. Ce n’est qu’à cette condition que la France pourra retrouver sa cohésion nationale, se démocratiser en profondeur, en faisant de tous ses habitants des citoyens à part entière. Ce n’est qu’à cette condition que le monde pourra se diriger vers un nouvel équilibre, multipolaire, fondé sur le cosmopolitisme et le un droit international véritablement équitable et universel.

Se réapproprier la notion de laïcité, clarifier son apport et sa fonction est un premier pas essentiel pour sortir de la binarité, favoriser une démocratie reconnaissant le pluralisme tant au niveau intérieur qu’international.

1. La loi de 1905

La laïcité est née en France, à l’issue d’un long processus qui part des Lumières et aboutit à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, avec la loi de 1905. Deux projets se font alors face : celui de républicains “ modérés ” favorables à la reconnaissance des cultes en vue de leur contrôle, celui de républicains anticléricaux qui souhaitent limiter le plus possible l’emprise des religions sur la société. Briand, Jaurès et Buisson rallieront les Républicains à un projet tout à fait différent : dans un but d’apaisement, la séparation doit s’accompagner d’une absence de contrôle. L’Etat doit être neutre en matière de religion et doit traiter tous ses habitants comme des citoyens égaux et non en fonction de leurs croyances ou origines. La loi de 1905 garantit à chacun le libre choix de sa religion (ou non religion) au nom de la liberté de conscience et d’expression, sépare totalement les religions et l’Etat, reconnu comme source autonome du droit, et donne la liberté aux cultes de s’organiser non seulement dans l’espace privé mais aussi au sein de la société civile. On n’y trouve pas le terme “ laïcité ”, qui ne se trouvera officialisé qu’avec la Constitution de 1958.

La laïcité n’est ainsi pas un principe qui surplomberait l’ensemble des religions – si cela était elle serait la religion suprême qui s’impose aux autres. Elle est une règle qui permet au sein d’une nation le vivre ensemble d’individus et de groupes ayant des identités religieuses ou philosophiques différentes, de sorte qu’aucun de ces systèmes de croyances ne prenne l’hégémonie par rapport aux autres, de sorte également que ces croyances n’interfèrent pas dans la gestion de la chose publique. Ainsi sont garantis d’une part l’un des droits humains fondamentaux, celui de la liberté de conscience et d’expression, et d’autre part le principe de l’indépendance du politique et du religieux, ce dernier ne pouvant prétendre en aucune façon à régenter l’espace public et politique, tandis qu’inversement le politique n’a pas à s’ingérer dans les affaires internes aux cultes. Ainsi aussi peut se répandre le sentiment d’une commune appartenance, au-delà des systèmes religieux de référence. La laïcité est un outil de cohésion et d’unité d’une société dans le respect de la diversité des individus et de leurs croyances.

2. La laïcité au risque de la discrimination :

En France dans la période récente, le thème de la laïcité est réapparu avec vigueur et passion lors de la “ deuxième affaire du foulard ” en 2003. Il a débouché sur le vote d’une loi sur les signes religieux à l’école, communément appelée, par ceux qui se sont senti discriminés, “ loi anti-foulard). Depuis, de nombreux signes montrent que le thème “ laïcité ” est mobilisé en relation à l’islam. La pétition « Un cri contre le racisme et l’intégrisme » lancée en avril 2006 par C . Fourest dans Libération et signée de plusieurs intellectuels et politiques français appelant à lutter contre le “« totalitarisme islamiste ” en est l’une des nombreuses illustrations. L’électoralisme politique visant à flatter les communautés religieuses majoritaires ou à contrôler plus ou moins directement l’organisation des communautés minoritaires est contraire à l’esprit même de la laïcité comme nous la défendons.

Nos concitoyens musulmans sont supposés être adeptes d’une religion qui, par essence, serait imperméable à la notion de laïcité et, méconnaissant la distinction privé/public, serait incompatible avec la République. Ce point de vue s’est étendu bien au-delà de l’extrême-droite et des formes de gestion sécuritaire et clientéliste de l’islam ont été imaginées. Les différents ministres de l’intérieur » depuis 1990 (Pierre Joxe – qui avait le souci que la gestion de l’islam échappe aux pays d’origine -, puis Charles Pasqua puis Jean-Pierre Chevènement et Daniel Vaillant, et enfin Nicolas Sarkozy), ont eu pour objectif d’organiser l’islam de France. Le processus a abouti à la mise en place du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), au mépris de la liberté d’auto-organisation des cultes reconnus par la loi de 1905, dans le but d’engranger, dans une vieille tradition clientéliste et post-coloniale quelques bénéfices électoraux.

Pourtant, de la Libération jusqu’au début des années 80, la laïcité ne semble pas poser problème. Le thème réapparaît dans le débat public au moment où s’achève la période des “ 30 glorieuses ” , au confluent de trois crises : une crise culturelle d’abord (après 68, les différences régionales, ethniques, de genre.. sont valorisées), une crise sociale ensuite (le débat se focalise sur les thèmes de l’immigration et de l’intégration, au moment où l’intégration par le travail se trouve remise en cause), une crise politique enfin (la France vit en même temps la décolonisation et l’intégration européenne, alors que la légitimité de l’Etat est remise en cause). Le thème de la laïcité, qui avait disparu du discours politique dans les années 70 réapparaît à partir de 1988-89, lors de la première “ affaire du foulard ”.

Lors de la colonisation de l’Algérie, la France avait fait le choix d’exclure l’islam de la réflexion laïque et les “ Français musulmans ” avaient le statut d’indigènes. Lors de la décolonisation le « musulman ” devient l’ennemi. Le débat autour de 1989 est à mettre en relation avec ce passé non assumé. C’est d’abord l’immigré qui avait été stigmatisé. Ses enfants avaient été accusés d’être à l’origine des violences urbaines par un discours politico-médiatique qui, parti de l’extrême-droite, s’élargit vers la droite et aussi vers la gauche. Se rajoute à cela la perception de la montée de l’islamisme politique sur la scène internationale, débouchant sur l’amalgame islam-terrorisme.

C’est donc dans l’histoire longue et l’interaction entre celle-ci et les trois grandes crises des années 80, auxquelles s’ajoute le matraquage idéologique et médiatique décrivant l’islam comme une religion essentiellement fanatique et violente, qui s’alimente de la naissance de la République islamique d’Iran ou de la “ guerre civile ” algérienne (dont les tenants et aboutissants ne sont pas encore éclairés), que réside l’explication de la fixation du discours sur l’islam. Le terrain aura été préparé par l’extrême-droite, qui se fixe sur la figure de l’immigré, à laquelle se substituera progressivement celle du musulman . Tout ceci aboutit à un climat de tension. Et si, heureusement, les populations reléguées dans les quartiers périphériques pour accompagner les besoins industriels des années 60/70, se mettent à tisser de la solidarité pour résister à la marginalisation et à l’exclusion, certains soupçonnent alors une montée du “ communautarisme ”. Certains partisans d’une laïcité absolutisée, attachés aux principes, se désintéressent de fait de la question sociale, faisant porter aux personnes regroupées contre leur gré une volonté qui n’est que l’envers de la leur : tous égaux devient tous semblables. La diversité n’est alors plus vécue comme une richesse mais comme un danger pour la cohésion nationale. Les solutions à mettre en œuvre sont à rebours de celles proposées tant par la vision communautariste de Nicolas Sarkozy (qui entretient avec nos concitoyens de religion musulmane une relation clientéliste à laquelle s’ajoute une dimension sécuritaire) que par la vision républicaniste refusant d’accepter la diversité réelle de la France d’aujourd’hui.

II La laïcité : un outil possible pour un ordre mondial juste et stable

La laïcité est la forme française d’un processus plus large, la sécularisation, observable aujourd’hui dans l’ensemble du monde occidental (et ailleurs). Mais aujourd’hui, l’Occident (entendu au sens de l’ensemble formé par les USA, l’Europe, le Japon, et tous les pays constituant l’OCDE), sous l’influence de la première puissance mondiale, tend dangereusement à revenir sur les principes et pratiques qui lui ont permis de s’émanciper des pouvoirs religieux et d’être, pour les réformateurs des pays décolonisés, une référence (cf. l’intérêt majeur pour la philosophie des Lumières dans le mouvement de réforme qui a parcouru le Moyen-Orient du début du 19ème siècle à la moitié du 20ème). La religion est aujourd’hui souvent instrumentalisée au profit d’une politique de puissance conduite sous la thèse de la guerre contre le terrorisme et du “ choc des civilisations ” (Huntington). À cette instrumentalisation répond celle des régimes ou des groupes de l’islam ultra-conservateurs (dont les deux sources sont l’Arabie Saoudite et le Pakistan), trop heureux de pouvoir appuyer leurs thèses sur l’exemple américain.

L’Europe s’est certes distanciée de ce “ recours au religieux » ( Georges Corm) mais ses alliances la conduisent trop souvent à suivre la politique des Etats-Unis, et elle se laisse englober, qu’elle le veuille ou non, dans cet affrontement périlleux. D’autant que par rapport à la reconnaissance effective de la religion principale de ses nombreux immigrés, beaucoup reste à faire.

1. L’Europe sécularisée peine à reconnaître pleinement les citoyens musulmans.

L’Europe est un espace sécularisé, dans lequel le statut des religions est fort différent – outre la France qui occupe une place à part en lien avec son histoire, on voit d’une part un ensemble de pays où les religions sont reconnues par l’Etat : Belgique, Allemagne, Autriche, Espagne et d’autre part un autre ensemble où il existe une religion d’Etat : Danemark, Royaume-Uni, Grèce - Mais la sécularisation y est un fait acquis. Toutefois, on y observe partout un traitement particulier et discriminant de l’islam, d’une part, et, comme en France, le souci d’institutionnaliser l’islam.

Cela s’explique par différents facteurs, dont les principaux sont l’extension de la religion musulmane comme conséquence des immigrations, souvent en provenance d’anciennes colonies (Afrique, pays arabes, Inde, Pakistan…) ou d’anciennes zones d’influence (Turquie), immigrations principalement de main d’œuvre peu qualifiée pour les besoins de l’agriculture, de l’industrie et des services. L’islam est ainsi la religion de la “ classe ouvrière ” (au sens large). Dans un contexte de chômage massif, propice à l’exploitation politique de la peur face à l’insécurité sociale, partout ou presque, l’extrême-droite a diabolisé les migrants, parfois sur le mode laïque (comme Le Pen), parfois sur un mode religieux (comme de Villiers) et dans de nombreux pays (Danemark, Hollande, Autriche, Belgique, France..) l’extrême-droite se porte bien. Au lieu d’aborder de front les questions économiques et sociales, l’attention est détournée vers une catégorie qui tient avant tout du bouc-émissaire. D’autant qu’à cela s’ajoute le contexte géopolitique marqué par la thématique récurrente du choc des civilisations, dont nous sommes abreuvés jour après jour depuis le 11 septembre, et qui permet de glisser dans un même sac fourre-tout ce qui est une nouvelle forme de terrorisme transnational (Al Qaida) et des opérations de résistance nationale (Tchétchénie, Palestine..)

Ce discours s’accompagne de politiques caractérisées depuis longtemps par le “ deux poids deux mesures ”. La suspension de l’aide européenne à l’Autorité palestinienne à la suite des élections dans les Territoires en a été une manifestation caractéristique. Cette suspension interpelle non seulement en soi, pour la gravité des conséquences sociales à venir, pour l’incohérence majeure entre le discours sur la démocratie et le rejet des choix démocratiques des Palestiniens, qui décrédibilise la parole de nos gouvernements, mais aussi par la soumission de la politique de l’UE à la stratégie des USA et d’Israël, confirmant la tendance à la pérennisation de politiques unilatérales nous entraînant dans un choc des civilisations.

2. Les quiproquos de la laïcité dans le monde arabe et musulman.

Dans ce contexte, se référer à la laïcité sur la scène mondiale peut sembler malvenu. En effet, la laïcité sur la scène internationale, et en particulier dans le monde arabe et au Moyen-Orient a mauvaise presse : elle a été imposée par des régimes autoritaires dont la faillite est aujourd’hui totale (Algérie, Tunisie, Egypte, …), permettant aux courants fondamentalistes, intégristes, ou simplement conservateurs d’assimiler laïcité et colonialisme, décadence des mœurs, injustices internationales… Elle est aussi de facto mise en péril par l’hyperpuissance américaine qui s’appuie dans sa volonté de domination et sa stratégie unilatérale sur le “ recours au religieux ” , soit directement (on se rappelle la “ croisade ” que prétendait mener Bush pour envahir l’Irak, on se rappelle aussi le soutien de longue durée au régime intégriste saoudien, comme aux forces réactionnaires afghanes pour contrer l’URSS) soit indirectement : la sacralisation du libre échange et de la démocratie ont légitimé le fait d’imposer ces deux valeurs par la force. La guerre, nous dit-on, favoriserait la liberté du commerce, la démocratie parlementaire et finalement la paix !

Avant la chute du mur, il s’agissait de lutter contre “ l’empire du mal ” (Reagan) et d’abattre l’ennemi communiste. Aujourd’hui, dans une structure de langage d’une similitude frappante, il s’agit de lutter contre “ l’axe du mal ” et contre le “ terrorisme ” - ce dernier terme n’étant jamais défini alors qu’il serait pourtant à déconstruire- . Quant à l’ennemi, il est clairement désigné : c’est l’islamisme et par extension la religion musulmane assimilée à son terreau et au final l’ensemble des musulmans. Ces évolutions amènent à se demander si la laïcité et la sécularisation ont été portées jusqu’à leur terme. La séparation du religieux et du politique ne serait-elle qu’un trompe-l’œil ? En y regardant bien, on s’aperçoit que les sociétés “ laïcisées ” continuent à “ être mues par l’archétype de l’idéal unique, de la mission à prêcher à l’univers, d’une “ révélation ” d’ordre philosophique et politique.

La laïcité, progrès considérable dans la gestion démocratique de la diversité, présentée comme un progrès obligatoire de l’humanité, porte une violence symbolique et accompagne trop souvent une violence réelle. Les nationalismes français, anglais, italien, allemand, américain se sont tous vus investis de la mission d’apporter les Lumières au Monde, à travers la colonisation ou la domination. Les socialismes européens auront de même un fonctionnement calqué sur le monothéisme, Marx en étant le prophète et le “ peuple ” étant remplacé par le “ prolétariat ”. Cela est d’autant plus efficace que le nationalisme arabe connaît de nombreux échecs au 20ème siècle, d’abord contre les puissances coloniales, puis contre Israël. Le nationalisme arabe qui apparaît au 19ème siècle et s’enrichit jusqu’aux années 50 voit la renaissance de la langue et de la culture arabe. Il offrait des perspectives pour l’établissement de relations entre les nations nouvellement indépendantes et les pays européens. Historiquement, il fut alimenté par des penseurs chrétiens et musulmans, qui développèrent des théories radicales visant à confirmer la laïcité de la religion musulmane. Ces penseurs sont des admirateurs de l’Europe. Au 20ème siècle, l’Occident colonial choisit de soutenir l’Arabie saoudite, foyer d’un islam intégriste, le wahhabisme. Les combats perdus contre les colonialismes (cf. l’échec du nassérisme) puis contre Israël laisseront la voie libre à une utilisation politique de l’islam qui n’avait jamais existé jusque là, un islam de réaction à l’occidentalisation du monde arabe, qui sera pourtant présenté comme relevant de la “ nature même ” ou de “ l’essence même ” de l’islam. Les attentats du 11 septembre seront alors le prétexte à entrer en guerre contre une barbarie civilisationnelle contre laquelle la civilisation judéo-chrétienne offrirait un rempart de protection.

3. Pour un ordre mondial fondé sur le cosmopolitisme et le droit international

3.1 Il n’existe pas de blocs civilisationnels homogènes :

Dans ce que l’on nomme “ Occident ” figurent des pays aussi divers par leurs cultures et civilisations que ceux de l’Amérique du Nord, l’Europe latine, l’Europe germanique et scandinave, la Turquie, le Japon, la Corée…Autant dire qu’il s’agit d’une alliance de civilisations et non d’un ensemble réuni sous la bannière judéo-chrétienne..De même aurait-on du mal à identifier un ensemble civilisationnel musulman, tant sont diverses les sociétés dont l’islam est la religion principale : Pakistan, Irak, Iran, pays du Maghreb, Turquie, Indonésie, Malaisie,…. Il est à remarquer par ailleurs que parmi les pays musulmans, un certain nombre sont très proches du camp occidental (dont les pays intégristes que sont le Pakistan et l’ Arabie saoudite) et des alliés militaires fidèles. Mais il importe, pour donner au monde des perspectives de paix et de justice, de s’éloigner d’une vision formulée en terme d’opposition de civilisation. C’est ici que peut être utile, à une échelle élargie, le retour vers une vision “ laïque ” des relations internationales.

3.2 Vers une sécurité collective multipolaire et un vivre ensemble planétaire

On recense des réflexions et appels à l’organisation de la paix mondiale depuis longtemps. Pour Kant en 1795, c’est le cosmopolitisme qui serait le garant de la paix perpétuelle et universelle. L’idéal de paix se manifestera sous une forme institutionnelle par deux fois au XXème siècle, avec la Société des Nations au lendemain de la seconde guerre mondiale, puis avec l’Organisation des Nations-Unies en 1946. La guerre froide et aujourd’hui la gestion unilatérale par les Etats-Unis de la sécurité collective ont limité le rôle joué par l’ONU, instrumentalisée à plusieurs reprises dans ses interventions sur les enjeux les plus chauds, malgré des avancées parfois remarquables du droit international. Le néo-conservatisme propagé par G. Bush et son équipe ne sera pas aisé à combattre. Mais le mouvement altermondialiste tout comme le mouvement antiguerre, ou encore les changements multiples des équipes dirigeantes en Amérique latine sont autant de signes indiquant qu’un renversement est possible. Une direction féconde pourrait être un dépassement à la fois des thèses du multiculturalisme en vigueur dans l’espace idéologique américain et d'une conception dévoyée de la laïcité, qui en fait un marqueur identitaire national au lieu d'un principe organisateur pour la gestion du pluralisme religieux, que l'on voit ressurgir ces derniers temps en France, en y substituant la recherche du cosmopolitisme, en suivant la tradition de la Révolution française, où les origines ethniques et religieuses des citoyens ne pouvaient être invoqués comme source de traitement différencié dans l’espace public. Il n’y a pas, dans cette conception, de peuple élu, de race supérieure. Et au lieu de prétendre donner des leçons de démocratie, participons à la renaissance d’un humanisme laïque faisant de l’application rigoureuse de ses principes fondamentaux la démonstration d’un autre horizon dans les relations internationales. A cette recherche d’universel, associons les sociétés de culture non européennes pour établir des espaces publics républicains, nationaux ou internationaux. Ouvrons le dialogue entre grandes philosophies du monde en renonçant à la thèse de la supériorité de la production intellectuelle de l’Occident.

Françoise Duthu, Frédéric Sarkis.

Face à la crise sociale générale, construire un nouveau contrat social fondé sur les principes de Solidarité, dignité, citoyenneté

Les récentes émeutes des banlieues sont la manifestation d'une crise majeure vécue par une population qui s'est trouvée reléguée dans des quartiers périphériques et populaires depuis plusieurs décennies, en proie à la dégradation urbaine, l'échec scolaire, l'absence d'accès à l'emploi et au logement, à l'encontre de la devise républicaine Liberté, égalité, fraternité.

C'est l'absence d'un avenir vivable et digne qui se traduit aujourd'hui par une révolte usant tous les moyens de la visibilité. Des milliers de voitures ont brûlé, mais aussi des équipements sportifs ou scolaires. Pourquoi, s'est-on inquiété, détruisent-ils les lieux d'apprentissage, de culture, de pratique sportive ? La réponse est pourtant claire : les jeunes " casseurs " n'y croient plus.

Si le feu a été déclenché par le ministre de l'intérieur chassant sur les terres du FN dans la perspective des présidentielles de 2007, - qui se vantait de nettoyer les cités au karcher, de débarasser les quartiers de la " racaille ", et qui n'a pas hésité à couvrir des policiers qui semblent bel et bien avoir poursuivi les jeunes Zyed et Bouna, électrocutés en tentant de leur échapper- il couvait depuis très longtemps et les politiques de la ville depuis 25 ans, conduites par la droite et par la gauche, se sont avérées impuissantes à combattre les tendances lourdes.

Beaucoup s'accordent aujourd'hui à voir dans ces évènements le symptôme d'une crise des banlieues. Mais si la forme de cette crise est bien spécifique en effet, elle est totalement articulée à celle de la société française qui depuis plus de trente ans se segmente sous l'effet de la désagrégation de la société des " 30 glorieuses ".

Le choix de s'insérer dans la " mondialisation " a été fait en France sous le gouvernement de Pierre Mauroy. Après une tentative de relance " classique " qui échoue, le choix est alors fait de mettre fin au contrôle des changes et de s'arrimer un système monétaire européen. Peu à peu, les choix successifs opérés (et notamment ceux du traité de Maastricht), débouchent sur la perte de pouvoir d'achat, le chômage de masse, la précarisation, la remise en cause de la protection sociale, les privatisations, …. La décentralisation des années 80, intéressante dans sa tentative de rapprocher la décision du citoyen, a malgré tout contribué, en l'absence de régulations suffisantes et de débats de société, accompagnée par une politique de la ville ciblée sur quelques centaines de quartier, au développement de tendances ségrégatives, éloignant toujours plus quartiers dits sensibles (en fait espaces de relégation) et quartiers de riches, éloignant de plus en plus la réalité de la République de sa devise Liberté, égalité, fraternité. Le sentiment d'insécurité, alimenté de surcroît par une extrême-droite virulente contre les migrants, et confortée finalement par des attitudes peu claires des forces politiques de droite comme de gauche, s'est constamment amplifié. Des groupes sociaux entiers se considèrent avec peur et méfiance. Les jeunes des quartiers en particulier se voient imposer des images globalisantes et négatives, et se trouvent en butte à des traitements brutaux et humiliants de la part des forces de police et des pratiques discriminatoires à l'embauche.

Au final, il n'est pas excessif de relier la " crise des banlieues " au délitement social que l'on observe de façon plus générale.

On perçoit de plus en plus clairement dans les classes populaires comme dans les classes moyennes que non seulement que la situation se dégrade et en premier lieu sur le marché du travail, mais aussi que la classe politique joue une logique de la réparation et ne propose pas de solutions à la hauteur des défis à relever. On perçoit aussi que cette classe politique priorise souvent son propre avenir par rapport à la recherche de l'intérêt général. Le projet européen de Traité constitutionnel lui-même a été interprété comme menaçant et rejeté massivement, après un débat citoyen particulièrement soutenu, manifestant le refus des orientations de politiques économiques et sociales des 20 ou 30 dernières années et le souhait d'un avenir plus solidaire.

La France de l'après guerre avait un projet ambitieux pour tous. Ecole pour tous, accès à la culture, à l'emploi, au logement, sécurité sociale, sens du service public…Progressivement, elle s'est résignée " limiter les dégâts ". L'action publique se fixe pour objectif de réparer les dégâts provoqués par les dynamiques issues de choix de politiques économiques inspirées par le néolibéralisme, renonçant à agir en amont, au niveau des causes.

Notre pays a en outre laissé se constituer, à travers le traitement de l'immigration (principalement ouvrière et en provenance des anciennes colonies)- au lieu de valoriser la richesse humaine qui en résultait- un discours de peur, de haine et de fractionnement. La gauche, en particulier le PS, qui pour conquérir le pouvoir, a utilisé un jeu complaisant avec le FN, a sa part de responsabilité.

Mais quoi qu'il en soit, la France aujourd'hui est une société fractionnée, où les solidarités traditionnelles se sont défaites, où des ghettos sociaux se sont multipliés (ghettos pauvres comme ghettos riches), où l'école n'arrive pas à assurer la promotion d'une fraction importante des jeunes, où à la discrimination sociale s'ajoutent les discriminations ethniques post-coloniales, où le chômage de masse s'accompagne de la multiplication de statuts précaires (cf dernièrement le contrat nouvel embauche), où les solutions proposées sont toujours plus de flexibilité et de modération salariale, où les réformes fiscales se font à l'avantage des plus riches…..Quant aux quartiers, on propose toujours des politiques ciblées, sans se rendre compte de l'interdépendance des situations entre tous les territoires et toutes les politiques. Ainsi les exonérations de TVA ont plus déplacé des emplois vers quelques banlieues, créant relativement peu d'emploi, et détruisant les emplois situés quelques kilomètres plus loin.

Le non au TCE comme les émeutes sont le signe flagrant d'un même problème : notre société est dans une impasse sociale et démocratique dont il faut sortir. Le politique doit retrouver sa fonction première, celui de donner du sens, de permettre à une société de plus en plus complexe et riche de diversité de vivre ensemble. La Rébublique jacobine et égalitariste a vécu. Il faut la refonder. Les politiques ne doivent pas laisser croire que nous pourrions retourner aux années dites fastes du fordisme (des 30 glorieuses en France). Non seulement en raison du tour pris par " la mondialisation " mais aussi parce que le modèle de développement choisi est incompatible avec la capacité de charge de la planète. La crise énergétique comme la détérioration climatique, la pollution des sols et la contamination de notre alimentation sont là pour nous le rappeler. Ce moment de crise - souligné à deux reprises cette année (29 mai, révolte des ghettos)- est un moment d'opportunité pour renverser l'ordre des priorités : une société plus juste, qualitativement plus riche en relations humaines, acceptant ses diversités, valorisant le plaisir de construire ensemble, économiquement plus sobre, donnant à ses membres la capacité de participer aux choix structurants l'avenir, du local au national. La classe politique française a la responsabilité en ce moment historique précis de mettre l'accent sur la nature profonde de la crise et de proposer la recherche commune d'un autre projet pour notre pays et pour l'Europe. Pour cela elle doit s'appuyer sur quelques principes structurants et prioriser trois grands chantiers, l'emploi, l'école, l'urbanisme et le logement.

DES PRINCIPES POUR UNE ACTION RENOVEE :
  1. - Sortir d'une logique répressive fondée sur la manipulation de la peur, qui ne peut que contribuer à l'accentuation des ségrégations et in fine à une grave menace sur la démocratie- et une démagogie électorale de bas étage.
  2. - Respecter les habitants des quartiers en difficulté, et en particulier les jeunes (jeunes hommes, jeunes femmes). Mettre en œuvre des mécanismes pour casser le racisme institutionnalisé. La formation des policiers doit inclure cette préoccupation. Les discriminations positives n'ont de sens que dans une politique d'ensemble, portant prioritairement sur les questions de la formation, de l'emploi et du logement, visant à promouvoir une société d'inclusion, conjuguant égalité et diversité.
  3. - Redonner confiance dans l'action politique et donner du pouvoir aux élus locaux et aux citoyens. Il faut oser mettre en place la fin du cumul de mandats et promouvoir une relation éthique à la politique. Les élus en charge de fonction exécutive doivent disposer de revenus suffisants pour qu'ils puissent se consacrer à leur mandat unique. Un statut de l'élu local devrait donner des moyens d'action y compris aux simples conseillers municipaux. La démocratie représentative est à rénover (élection directe des représentants d'agglo ou de pays, suppression des départements) et associée à des mécanismes de démocratie participative permettant une réelle implication et influence des habitants sur les choix opérés sur les territoires.
  4. - Anticiper, traiter les causes, cesser d'intervenir sur le mode réparatif, lorsqu'il est trop tard. Et réhabiliter l'action publique, en rompant avec la culture de toujours plus de marché. Marché, pouvoirs publics, tiers-secteur doivent agir en synergie au sein d'une économie et d'une société pluriellles. C'est la logique sociale qui doit orienter les choix économiques (en intégrant la contrainte environnementale) et non l'inverse.
  5. - Articuler l'action des pouvoirs publics du local au national en se fondant sur la notion de subsidarité active, en y associant l'action des citoyens. Les divers échelons d'organisation des pouvoirs publics doivent poursuivre des objectifs communs. Le local (municipal, agglo, pays) peut devenir un " corps intermédiare " capable d'interaction avec l'action des habitants organisés, capable aussi de faire remonter vers les échelons supérieurs les expérimentations généralisables. L'aptitude dont font preuve les acteurs de la vie politique, économique, sociale, à être des acteurs de changement, doit être reconnue comme un levier des réformes nationales et une contribution à la mise en forme d'un nouveau contrat social.
TROIS CHANTIERS PRIORITAIRES :
  1. - Emploi : * Appuyer partout les initiatives locales et lancer un vaste plan de financement d'initiatives locales. Cessons de croire que c'est par des décisions de l'Etat, des règles nationales et des circulaires qu'on résoudra les problèmes de lieux aussi complexes. Le changement doit venir d'en bas, du terrain, de ceux qui, au quotidien, voient les besoins et ont des idées, adaptées à la situation locale, qui n'est jamais la même ailleurs. Associations de soutien aux parents, écoles innovantes, entreprises, commerce... Tout cela, plus ou moins lié à l'économie sociale et solidaire, doit constituer le levier du changement dans une optique de développement durable. * Les pratiques discriminantes doivent être identifiées et combattues, en particulier sur le marché du travail. Un sytème de sanctions dissuasif s'imposant aux administrations comme aux entreprises doit être imaginé et mis en place. *abolir toutes les mesures récentes (contrat nouvel embauche…) qui génèrent précarité et entraînent le développement du phénomène des travailleurs pauvres ; *revoir le système d'indemnisation du chômage et l'articuler à une politique de formation qualifiante.
  2. - Ecole, politique de l'enfance : il faut se saisir à pleines mains de ce chantier prioritaire. *Une politique de l'enfance et de l'éducation associant sur un territoire l'ensemble des services publics concernés et les associations de prévention et d'éducation populaire doit être menée pour développer l'autonomie, la créativité, la capacité d'expression des jeunes. *Les études montrent à quel point le " destin social " se fabrique dans les années de jeunesse, à quel point les différentes couches sociales pratiquent une politique d'évitement et ont une stratégie de logement en relation aux relations sociales souhaitées pour eux-mêmes et leurs enfants. Il faut agir contre la pérennisation d'une école à plusieurs vitesses, imaginer, au-delà de moyens accrus accordés aux ZEP (15 élèves par classe, des enseignants expérimentés…), et de la refondation des méthodes pédagogiques (responsabilisation, créativité, apprentissage de la médiation), des systèmes de bourse et de promotion permettant la sortie des ghettos de relégation. *L'école doit aussi reconnaître les diversités, combattre les discriminations. L'histoire ne peut plus être enseignée en laissant de côté l'esclavage, la colonisation, la décolonisation, la contribution des migrations au développement économique, social et culturel de la France…. Tous les enfants doivent pouvoir reconnaître un pan de l'histoire de leurs parents et leurs ancêtres dans les manuels d'histoire.
  3. - Urbanisme, habitat, services publics: *Nous devons tirer le meilleur des expériences locales réussies de la réhabilitation de l'habitat en direction de la mixité sociale et oser aller à l'encontre des réflexes communautaires des riches aussi bien que des pauvres (constitution de ghettos ethniques, qui historiquement se sont constitués par relégation sociale plus que par choix positif). *Il faut expérimenter des systèmes d'aide au logement associés à la sortie du quartier d'origine et mettre sur pied un service public du logement identique au système du service public de l'emploi. *Un égal accès aux services publics doit être garanti sur l'ensemble du territoire. Il faut donc refuser la logique de privatisation, mais aussi repenser une organisation plus démocratique de ces services, associant populations, usagers, syndicats et pouvoirs publics.
Ce n'est donc pas d'un nouveau projet pour les banlieues que nous avons besoin, - même si des mesures précises devront y être prises - mais d'un nouveau projet pour la France (et pour l'Europe). Un nouveau projet pour faire société ensemble, avec nos diversités. Un nouveau projet qui privilégie le " lien " sur le " bien ".

Françoise Duthu

Contact : francoise.duthu@club-internet.fr

Après le parlement...
Perspectives...

Au terme d'un bref mandat (février à juillet 2004), qu'en est-il du bilan de l'action conduite ? Et quelles perspectives s'offrent-elles ?

Les choses ne se sont pas déroulées tout à fait comme je l'avais prévu. Entre un plan rationnel imaginé sans connaître l'institution de l'intérieur et les opportunités concrètes, il y a en effet quelques différences… Pourtant, c'est une expérience très positive que je retire de ces quelques mois.

Le point le plus important de mon engagement a été la question tchétchène. Deux auditions ont été réalisées, occasion de prises de contact avec des collègues de plusieurs groupes parlementaires et d'établissement de liens divers (ONG Pax Christi Flandres, Serlo -accueil de réfugiés-, représentants du gouvernement Mashkadov, parlementaires du Conseil de l'Europe, Comité Américain pour la Paix en Tchétchénie…). J'ai terminé ce mandat avec une conviction : c'est la mise en synergie de tous les acteurs mobilisés sur la question qui pourra un jour débloquer la situation. Ce ne sera pas facile. L'obstination sera nécessaire. Mais à l'heure où les gouvernements occidentaux conduisent une irresponsable politique de l'autruche, plus que jamais il faut tisser des liens et faire pression en permanence sur la classe politique. La brochure "Génocide en Tchétchénie : quelle solution politique au conflit russo-tchétchène ?" publiée en octobre 2004 se veut un outil au service de cette construction. Aujourd'hui le groupe Vert/ALE continue son engagement sur la question tchétchène autour notamment de l'eurodéputé Vert Bart Staes (bstaes@europarl.eu.int) et même si un intergroupe, contrairement aux espoirs, n'a pu être créé, il existe des perspectives, puisqu'à chaque session un groupe se réunira à Strasbourg.

Je suis particulièrement heureuse d'avoir découvert tout un champ de réflexion qui m'était inconnu à la suite d'une réunion organisée par Alima Boumediene-Thiéry sur le thème : "Musulmanes féministes : du paradoxe à la réalité" le 5 mars 2004 à Bruxelles. En cette année tourmentée par la question du voile, j'ai réalisé que se structurait un mouvement de jeunes femmes croyantes, voilées ou pas, en recherche d'émancipation à partir d'une lecture moderne de l'islam et dont la démarche relève incontestablement du féminisme. Renversement de regard enrichissant ! Plus largement, je me suis aperçue que nous avions la chance d'avoir en France une frange réformiste de l'islam demandeuse de dialogue, qui représente un appui, une réelle opportunité pour une issue à la question mal résolue de l'intégration en France, une chance pour faire vivre la laïcité en l'enrichissant du respect de la diversité, une façon de combattre de l'intérieur la thèse dangereuse du conflit de civilisation. J'espère que nous saurons le comprendre et nous engager dans un partenariat.

La première réunion du Parti Vert européen à Rome en février dernier a été l'occasion de rencontrer les membres d'un groupe de coopération verte transfontralière, le Heerlen Group (groupe composés de militants Verts de Belgique, Pays-Bas et Allemagne) et de démarrer un travail de mise en réseau des militants Verts et sympathisants à travers un projet de site multilingue/multithématique. Il s'agit de permettre une communication horizontale entre tous les Verts européens, pour contribuer à l'émergence d'une culture commune à travers des actions et des échanges d'idées. Il est difficile en effet d'imaginer que le Parti vert Européen prenne corps à partir d'un schéma descendant. Il ne représentera un acteur politique réel que s'il est enraciné dans des échanges réguliers décentralisés, dans des pratiques d'échanges de proximité géographiques ou thématiques. Le slogan "Green your Europe" a donné le nom au site Greenyourope. Il est encore imparfait, mais on avance ! Votre participation est plus que souhaitée ! Penser que tout ce que nous entreprenons peut avoir une dimension européenne et mettre en lien nos engagements du local au niveau européen, voilà une nouvelle habitude à prendre, qui ouvre de nouveaux horizons…

A la veille d'une nouvelle année, je souhaite à tous de renouveler ses forces dans la chaleur des proches pour mieux repartir vers la construction d'un avenir simple, équitable et solidaire.

Françoise Duthu

Contact : francoise.duthu@club-internet.fr

Mars 2004, 
 Cinq mois pour agir, 
 Aujourd'hui et demain, 
 Avec vous

Arrivée au Parlement Européen le 11 février, en fonction jusqu'à mi-juillet, alors que la dernière session se tient au début du mois de mai ! Curieuse situation….

Le travail parlementaire au sens strict du terme est à peu près achevé. Les rapports que nous pouvons avoir l'occasion de produire au sein des commissions sont pratiquement tous attribués. Titulaire de la commission Industrie, recherche, énergie, relations extérieures, il me reste une petite chance d'avoir un avis à donner, peut-être. La commission de la pêche a distribué tous les rapports. Et la délégation Mashreq ne se réunit guère qu'une fois au mois d'avril...

Rien à faire, alors ? Non, bien sûr! Être députée, c'est avoir des moyens humains et matériels que l'on peut utiliser. Et pas seulement dans l'enceinte parlementaire. La politique ne s'arrête pas à la porte des institutions. Un député est aussi une interface entre société civile et institution. Il peut soutenir des initiatives, il peut aussi en susciter.

photo éditorial


Deux projets me tiennent plus particulièrement à cœur et seront prioritaires :
  1. Aider à la mise en réseau d'un ensemble d'alternatives locales. Ce projet a vocation à durer au-delà de mon (bref) mandat. Concrètement il s'agira de mettre sur pied une base de données interactives permettant à des associations, collectifs, groupes, qui expérimentent au niveau local, mais avec une vision globale, des façons différentes de consommer, produire, construire des solidarités et à des collectivités locales engagées dans la démocratie participative de façon effective, de se rencontrer et mettre ensemble le meilleur de leurs expériences, de bâtir leurs propres réseaux. Cette base sera d'accès libre, sans autre contrepartie que d'actualiser l'information sur chaque expérience.

    En quelques mois, l'ambition sera limitée : il s'agira de toucher quelques têtes de réseau et de bâtir une architecture logicielle. Plus tard, lorsque la base se sera développée, dans un ou deux ans, on pourra susciter des rencontres, des échanges, théoriser sur l'ébauche d'un modèle de société en émergence, alternative décentralisée à l'organisation actuelle du capitalisme néolibéral.

  2. Contribuer au déblocage de l'insupportable situation en Tchétchénie, en nouant tout contacts et liens avec ceux qui pourront continuer cette action au-delà de la fin du mandat (suivre la rubrique actualité). Ce ne sera pas facile. Les intérêts européens sont tels que malgré les discours, l'engagement des Etats est purement formel. Nous tenterons en tout cas de donner plus de visibilité à cette question sur la scène politique française et travaillerons en liaison avec les députés déjà engagés sur la question au niveau européen.

En outre, ce site sera ouvert à ceux et celles qui, soutenant des projets innovants et coopératifs, dans divers domaines, ont peu de moyens de se faire entendre. Cela peut être un simple lien. Cela peut être une présentation plus développée.

Notre équipe travaillera aussi à la mise en réseau des Verts qui en Europe ont envie de communiquer au delà des barrières linguistiques, de façon à collaborer au projet d'un vrai Parti Vert transnational et à permettre échange et coopérations concrètes aux citoyens Verts d'un peu partout.

Si tout ceci vous parle, faites-vous connaître. Nous vous accueillerons fort volontiers !

Françoise Duthu

Contact : francoise.duthu@club-internet.fr
- Sortie de mon livre "Le Maire et la Mosquée, Islam et laïcité en Île-de-France" en décembre 2008

- Brochure Génocide en Tchétchénie, quelle solution au conflit tchétchène ?

- Le Traité Constitutionnel Européen. Pour un Oui Alter-européen
- Aprés le 29 mai

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